Danser sa vie : le titre est trompeur !
« Ce n’est pas une exposition sur la danse », affirme Christine Macel, co-commissaire avec Emma Lavigne de la grande rétrospective sur les liens entre arts visuels et danse construits depuis la modernité.
« On ne montre pas la danse, mais différents médiums (films, photographies, peintures, systèmes de notation) qui la représentent. » L’exposition est l’aboutissement d’une longue recherche qui a commencé en 2006 et qui a engagé trois axes : l’expressionnisme, la construction de l’abstraction et la performance. Les deux femmes se sont placées d’un point de vue historique.
« Nous n’inventons pas des liens entre Auguste Rodin et Isadora Duncan, nous montrons ceux qu’ils étaient. » La scénographie de l’exposition est linéaire même si des déchronologies ont été souhaitées comme ce rapprochement subjectif entre le faune de Mathew Barney et la photographie de Vaslav Nijinsky.
«
On expose des représentations de la danse », affirme Christine Macel. C’est-à-dire que la danse en soi n’existe plus.
« Nous sommes parties des traces laissées par les différents danseurs. » Qu’est-ce à dire ? Qu’une peinture de Emil Nolde est une trace au même titre que la photographie de Mary Wigman prise par Charlotte Rudolph en est une ? Si la danse n’existe que par les
« traces », elle n’est qu’un support créatif, appui certain et visible d’une sculpture, d’un dessin… Et peut-on, à l’inverse, dire de la peinture de Emil Nolde et de la photographie de Charlotte Rudolph qu’ils (ne) sont (que) des
« traces » de danse ?
Peut-il y avoir une exposition de danse ? L’an dernier à Londres, l’exposition
Move (Stéphanie Rosemberg) comportait beaucoup de pièces
live. Au Musée de la danse et à Avignon cet été, on a pu voir, à l’initiative de Boris Charmatz, une exposition sur le travail de Jérôme Bel (
3 sec. 30 sec. 3 min. 30 min. et 3 h.) offrant différents modes de représentations : photographie, texte, films mais pas de
live. Et que penser de l’installation de Tino Sehgal dans la première salle d’exposition de
Danser sa vie qui fera intervenir un danseur (renouvelable toutes les trois heures) ? Que vient faire le vivant parmi les représentations ? Questionner, sûrement.
> Danser sa vie, du 23 novembre au 2 avril au Centre Pompidou, Paris.
Crédits photos :
Une : Charles Picq, extrait du spectacle de Jan Fabre/Lisbeth Gruwez,
Quando l'uomo principale è una donna, 2004, film, 10', Maison de la danse, Lyon, 2004.
Article : Frantisek Kupka,
La Contredanse, 1912-1913, Musée Kampa, Vienne.