 |
« Tout se fait par le rythme. Partir du souffle de l'écriture pour trouver celui de la parole. Aller-retours multiples. » Anaïs de Courson, sur le blog qui relate la création de Ida ou le délire(1), raconte la reprise des répétitions. Rythme, souffle : si les termes sont physiques, c’est que sa création met en jeu le corps de manière chorégraphique. Mains, regard, déplacement : seule en scène, Anaïs de Courson donne vie au texte d’Hélène Bessette, relatant la mort d’une pauvre et pourtant mystérieuse femme. On ne parlera pas pour autant de théâtre-danse, comme peut l’être une pièce de Pina Bausch ou Jan Fabre. Chez Anaïs de Courson, le corps est un élément scénographique, outil au service de la langue. « Pas de représentation, explique-t-elle. Personne ne prend en charge les personnages – et nous en débarrasse par la même occasion. Non. Madame Besson & co ne sont pas dans leur salon, là-bas, loin, ailleurs ; elles flottent dans la salle. »
Autre corps meurtri et absent, celui du fils dans Excuses et dires liminaires de Za. Dans ce texte de Jean-Luc Raharimanana, mis en voix par Thierry Bedard, se croisent folies et barbarie, cauchemars et misère. Thierry Bedard met également en scène Des ruines, texte écrit lors d’une tournée annulée des Cauchemars du Gecko. Un texte, explique-t-il, à la fois intérieur et ample : « Jean-Luc Raharimanana redit cette rage, cette révolte contre ce monde – il est sans cesse question de cette mémoire très violemment ancrée dans l’histoire que l’auteur porte en lui, en mémoire du peuple malgache et de l’Afrique. Puis il dit la douleur de porter toutes ces choses, mais aussi la douleur, quelques fois, de ne pas être entendu ou d’être entendu de travers. Et l’envie d’aller vers le silence, de se taire. »
Le silence d’Ida regardant ses grands pieds, la douleur de Za combattant ses cauchemars, et le rire, malgré tout, d’humains parmi les humains.
1. http://ida-bessette-2012.blogspot.com
> Ida ou le délire, d’Anaïs de Courson, du 25 janvier au 19 février ; Des ruines..., de Jean-Luc Raharimanana et Thierry Bedard, du 18 janvier au 12 février ; Excuses et dires liminaires de Za, de Jean-Luc Raharimanana et Thierry Bedard, les 22, 29 janvier et 5, 12 février à la Maison de la poésie, Paris.
Et aussi : Les Géants #2, avec les poètes Adonis, François Cheng et Juan Gelman, du 12 au 15 janvier.
Crédits photos :
Une : Des ruines, de Jean-Luc Raharimanana et Thierry Bedard. Photo : Christophe Raynaud de Lage.
Article : Ida ou le délire, d'Anaïs de Courson. Photo : Emmanuel Turlet. |
 |