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Vous êtes à l’origine des « Bains numériques », événement phare du centre des arts d’Enghien les bains. Pouvez-vous nous présenter le projet de cette année ?
Nous allons mettre en place des parcours et événements multimédia qui seront en interaction dans la ville. En faisant d’Enghien-les-Bains un véritable plateau, nous permettrons au plus grand public de découvrir une écriture scénique liée au numérique et d’y participer, avec notamment des artistes japonais, canadiens, taïwanais, belges et crésiliens ou encore Thierry De Mey qui présentera From inside, installation interactive. À partir de 2008, Bains numériques devient annuel et la troisième édition aura lieu du 6 au 14 juin 2008. Le festival prend une nouvelle dimension en devenant un festival international annuel d’arts numériques, ouvert sur toute la ville d’Enghien-les-Bains.
Pourquoi cette volonté de quitter le centre des arts pour vous inscrire dans la ville ?
Probablement, d’abord, parce que la question des nouvelles écritures numériques pose la question de la médiation. L’ordinateur est un outil de communication, les formes qu’il produit existent et sont partagées partout. Mais si chacun est familier de ces moyens de communication, on identifie trop peu souvent l’écriture qu’ils permettent. C’est la raison pour laquelle il importe d’être en confrontation directe avec les publics, d’aller vers eux ; et c’est aussi une façon d’ouvrir une programmation à de plus larges publics. De plus, la question posée par les écritures numériques est une question transversale, qui se situe au c½ur même de notre mission – puisque le projet du centre des arts, où se croisent artistes, architectes, chorégraphes, designers, plasticiens, chercheurs, etc., est résolument pluridisciplinaire. Enfin, avec ces technologies, ces nouvelles écritures, l’expression artistique n’est plus forcément réservée à l’institution muséale ou de spectacle : dans cette dynamique de co-réalisation, l’espace urbain est la scène par excellence où peuvent s’exprimer ces rencontres. Au bord du lac, dans les quartiers nord, sous le marché couvert, on est en contact avec des publics, des éléments et des pratiques qui se mélangent et entretiennent une véritable relation – comme lorsque Pedro Pauwels élabore une soirée chorégraphiée autour du vin et de la dégustation.
Pourquoi avoir fait ce choix des écritures numériques ?
C’est notre identité pluridisciplinaire qui impose ce choix. Le numérique traverse en effet tous les arts. La question des écritures du contemporain pose celle du numérique, qui va au-delà du support et de l’ordinateur. C’est la question des écritures et des collaborations qui m’importe, le rapport nouveau au public, la relation aux machines. Tous ces nouveaux usages doivent poser la question de nos futures esthétiques. Les progrès vont de plus en plus vite, sans que l’on puisse comprendre leurs enjeux, ce qu’ils disent du monde. Notre objectif est de permettre aux artistes d’investir ces outils et relations pour lutter contre l’amnésie dans laquelle nous nous trouvons. C’est là la mission du cda : autour d’une médiation, croiser l’expérimentation et la réflexion.
Ce choix va d’ailleurs au-delà du cda , puisque vous participez à la constitution d’un véritable réseau autour de ces questions…
En effet, il s’agit d’un réseau national regroupant 17 structures de production et de diffusion des écritures numériques. Ce qui importe, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de scènes, mais qu’il y a aussi des lieux de résidence, des universités, des laboratoires, des manifestations… Cette médiation entre lieux de recherche et structures permet ainsi une mise en perspective. Comment identifie-t-on, accompagne-t-on ces projets ? garde-t-on la mémoire, constitue-t-on des fonds ressources ? Telles sont les principales questions qui nous sont posées. Il nous semble, au regard de nos premières rencontres, qu’il n’est pas pertinent de communiquer sur la question du numérique en soi. Une fois encore, c’est le regard de l’écriture et de l’expertise qui importe et qu’il s’agit de mettre en synergie. Cela nécessite du temps, et plus encore de penser une logique de création en étapes pas forcément abouties. Nous sommes dans des laboratoires qui se confrontent aux publics. Nous devons penser avec ce réseau la question de l’équipement, de la formation technique et de la formation des programmateurs. Que signifie le spectacle lorsque la forme est en mouvement ? Une pièce peut exister en quatre ou cinq créations différentes : qu’est-ce que cela engage dans la relation au public – des publics qui, en outre, ne sont plus à la place qui leur était initialement réservée, et qui ne sont plus les mêmes que ceux que nous connaissions ? Voilà autant de nouvelles question auxquels nous essayons de répondre.
Propos recueillis par Bruno Caillet |
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