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« Je suis instinctive », prévient-elle comme pour s'excuser de ne pas trouver les mots. Dans l'atelier de Cidalia Da Costa, costumière, les tiroirs des meubles de métier débordent d'étoffes variées. Un mannequin porte une large chemise blanche bourrée de mousse : un « habit de gros » pour le prochain spectacle de la chorégraphe Catherine Diverrès. Nous sommes le 26 avril 2007, le lendemain de la première de May, une mise en scène de Didier Bezace. « La veille, raconte-elle, il a voulu changer la robe de l'interprète principale. J'ai dû en faire une autre en catastrophe. Pour le comédien, c'est horrible... Heureusement, il a fini par changer d'avis. » C'est qu'au théâtre, revêtir un costume n'est pas chose anodine et se prépare bien à l'avance.
Une adepte du détournement
En réalité, tout commence avec les répétitions. Soit, pour May, environ deux mois avant la première. Il arrive que la préparation d'un spectacle soit éclatée et répartie sur plusieurs mois. « Je ne tiens pas dans la durée, confie-t-elle sans détour, je n'ai pas besoin de maturation. » Cidalia Da Costa est capable, en revanche, d'une concentration qui confine à l'abnégation. Dans l'idéal, elle apporte chaque jour ses idées et ses dessins au metteur en scène et aux comédiens, travaille en interdépendance avec le décorateur et l'éclairagiste, et elle constitue même un atelier volant pour la fabrication. C'est à chaque fois un véritable travail d'équipe, qui implique une osmose entre tous les participants au service d'un texte, d'une lecture et d'une interprétation.
L'enjeu est bien de contribuer à l'émergence d'un sens : le plus juste possible. Dans cette quête, la démarche originale de la créatrice consiste à « tordre les choses » et « à transposer les époques », en adepte du détournement de matières textiles et textuelles. Parfois, le costume entier s'impose dès la lecture comme une évidence. Mais son véritable point de départ est la matière, que Cidalia envisage avant même les formes, les contours du vêtement. « J'aime presque tous les tissus et en particulier ceux qui ont du relief comme les ottomans ou les crêpes, dit-elle. Ce qui m'intéresse c'est de changer les matières, les mélanger pour qu'elles deviennent indéfinissables, et rencontrer des metteurs en scène qui sont prêts à partir sur ce genre d'essais ou d'expériences. » Elle emploie donc une grande partie de son temps à chiner chez les marchands de Paris, de Zurich, ou de Lyon pour les soies...
« Recommencer toujours »
Cidalia Da Costa a quitté, dans les années 1970, la fac d'arts plastiques pour la couture à la fois par goût et pour gagner sa vie. « Je n'ai pas choisi, dit-elle, j'ai travaillé. » Mais elle a eu la chance de rencontrer tout de suite le monde fantasque du spectacle. « Une vieille dame russe », Marie Gromtseff, qui tenait un atelier de confection, de vente et de location de costumes de scène lui donne du travail. Elle réalise des broderies, des peintures et des teintures pour Erté ou Dupont, et fait les courses de la dame âgée. « A vingt ans, j'allais dans les magasins acheter des kilomètres de tissus de toutes sortes, de strass... avec les maquettes des costumiers. » Devenue styliste pour le plaisir, habilleuse dans le cinéma pour vivre, de fil en aiguille, Cidalia se lie à des metteurs en scènes - Jean-Louis Benoît, Jacques Nichet - et à des chorégraphes comme Jean Gaudin. Surtout, elle s'épanouit dans le changement. « Sauter d'une histoire à une autre, recommencer toujours et réinventer des méthodes de travail » ne lui font pas peur.
Aventureuse, encline aux mélanges baroques, la sobriété qui frappe aujourd'hui la scène ne peut que l'attrister. Et si le costume ne se voit plus ce n'est pas uniquement faute d'argent, « c'est dans l'air du temps », constate-t-elle avec mélancolie. Ce n'est qu'un mauvais passage ? Elle préfère ne pas y penser et interroge sans relâche les mystères du métier : « Habiller est une chose complexe. Il y a des corps réticents, des gens qui résistent aux époques, ou des gens très gros, qui peuvent avoir une allure extraordinaire, une élégance naturelle. Ou encore des comédiens comme Hélène Surgère... pour qu'elle ait l'air d'une femme de ménage, un peu négligée, c'est très difficile... C'est ça qui est passionnant. » Il faut écouter Cidalia Da Costa retracer son amour des gens de scène, dans le fouillis plein de poésie de son atelier, pour comprendre à quel point créer des vêtements engage les sens et pas seulement une habileté technique. Et que la costumière qui vous reçoit est un peu fée. Une fée sans baguette, mais douée d'un sens développé du « tombé » et d'un goût sûr pour le mouvement, la bonne fée des comédiens et des danseurs.
Julie Broudeur |
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