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Le nouveau théâtre, à mi-chemin entre la gare et le centre ville de Poitiers, est au c½ur de la ville. Vous l’avez ainsi voulu au c½ur de la vie des gens ? Depuis toujours, la Scène nationale de Poitiers, faute de salle adéquate, est éclatée en neuf scènes, et fonctionne pour ainsi dire ”hors les murs“, dans une configuration de festival permanent. Le défi est de s’identifier à un lieu tout en cultivant les liens tissés dans les quartiers. Mais ce nouveau théâtre est aussi le fruit d’une expérience d’actions culturelles des vingt-cinq dernières années. Avec ses nombreux espaces de convivialité, le théâtre est conçu pour être bien autre chose qu’un lieu d’affichage de spectacles : on s’y balade, on y mange, on assiste aux répétitions, on y reste parce que l’on y est à l’aise, parce qu’on ne s’y sent pas étranger, piégé.
Tend-il à renouveler l’idée d’un théâtre populaire ? Le théâtre est populaire mais trop peu de gens le savent ! ”Chose curieuse, constatait en son temps, le célèbre dramaturge irlandais Sean O’Casey (1886 – 1964), ce ne sont pas toujours les gens simples qui s’opposent à une création artistique étrange ou nouvelle, ce sont des personnages cultivés (ou prétendus tels) qui ont condamné l’étrange ou l’original en louant l’ordinaire et le quelconque.“ Souvent la grande culture occulte la nouveauté, la mode des spectacles de rue ou le développement de la forme courte nous le démontrent aujourd’hui. C’est dans la mesure où l’on fait un lieu un lieu non rébarbatif a priori que le théâtre est accessible à tous.
Et vous avez recruté un architecte qui a réussi à donner corps à ces désirs ? Consulté sur mes souhaits pour le futur bâtiment, j’avais demandé des endroits qui multiplient les échanges entre les artistes et la population. L’architecte, Joao Luis Carrilho da Graça a parfaitement répondu à cette demande en imaginant, par exemple, un vaste escalier, entouré d’une mezzanine, dans le hall d’accueil, qui permet à environ 200 personnes de s’y asseoir et d’assister à des petits spectacles. De la même façon, répondant au souci de proposer une information changeante, il a conçu une peau de verre opalescente tout autour du bâtiment, à 1 mètre 80 du mur en béton, qui permettra, grâce à un dispositif de rétro-projection, la projection en quatre emplacements différents, de présentations de spectacles mais aussi de véritables travaux vidéos, visibles depuis la rue ou la grande esplanade du théâtre.
Y a-t-il des lieux en France, ou dans le monde, qui vous ont inspiré et aidé à concevoir ce projet ? A rebours de ce qui se passe en France, où l’on a délimité des périmètres de création artistiques et sans doute limité les gens, dans les pays anglo-saxons, les lieux de spectacles sont aussi des lieux de service : le mélange des genres est mieux accepté. Une épicerie, au sortir du théâtre, ça peut être utile… J’aurais bien aimé donner la possibilité aux gens d’aller acheter leurs poireaux après le spectacle ! Et je suis assez jaloux de mon collègue Jean blaise, dont le théâtre de Nantes profite d’un hammam ! Il s’agit de faire quelque chose qui doit et peut changer le rapport entre le spectacle vivant et le spectateur.
Quand et dans quel contexte le projet a-t-il été décidé ? Ce projet est né, fin 1993, d’un accord entre la Ville de Poitiers et la région Poitou-Charentes. Jusqu’alors, la Mairie envisageait la construction d’un nouveau théâtre doté d’une salle de répétition et une salle de cinéma, digne à la fois d’une « scène nationale », concept datant de 1992, et d’un pôle cinéma art et essai, classé ”recherche“. Mais Philippe Herreweghe, directeur de l’Orchestre des Champs-Elysées en résidence en Poitou-Charentes, qui est aussi l’un des directeurs du célèbre festival de Saintes, a alors insisté auprès du président de région, M. Raffarin, pour élargir le projet et y adjoindre la construction d’un auditorium.
A quels besoins répond le projet, plus ample, d’un auditorium ? Il y en a très peu en France. Or, la scène de Poitiers est associée de façon importante à deux ensembles symphoniques, l’Orchestre de Poitou-Charentes et l’Orchestre des Champs-Elysées, et à l’ensemble contemporain Ars Nova. L’acoustique de cet auditorium est faite pour accueillir et croiser les univers musicaux : classique, contemporain, jazz... Mais il ne faut oublier que la véritable originalité du projet c’est que cet auditorium permet d’ajouter le domaine musical à une ancienne et forte présence du théâtre et de la danse. Le Centre Dramatique Poitou-Charentes est aussi associé très étroitement à la Scène Nationale et nous avons en résidence deux compagnies dramatiques et une compagnie chorégraphique.
Correspond-il à des attentes de la part des artistes ? La juxtaposition d’un théâtre de 720 places et d’un auditorium de 1100 places provoquera une synergie entre des créateurs musicaux et des milieux artistiques qui ne se rencontrent pas si souvent. Nombreux sont ceux qui, comme Mark Tompkins, actuellement de passage à Poitiers, sont enthousiastes. Avec 3 salles de répétition, des salles d’enregistrement, la possibilité d’accueillir dans les loges, confortablement, environ 200 personnes, la proximité des lieux de travail, le bâtiment est d’une fonctionnalité étonnante. Ce lieu est conçu pour être porteur de rencontres artistiques.
Quels sont vos espoirs ? On s’écarte d’un théâtre à l’italienne – pour se faire voir plutôt pour faire voir – et on entre dans une autre période culturelle marquée par relation plus intense, plus profonde au public. Un tel outil, doté d’espaces qui permettent de multidimensionner les créations et les représentations invite les gens, qui se rendent trois à quatre fois au spectacle en un an, à ne pas passer à côté de quelque chose. Si on est en ville et qu’on a un moment, on peut songer à venir pour y passer une heure, consulter Internet, voir des spectacles courts, boire, manger. C’est un nouveau lieu de vie, un lieu de débat public.
Propos recueillis par Julie Broudeur. |
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