 |
On sublime souvent la lumière, symbole de Bien ou de génie intellectuel. Sur scène comme ailleurs, elle est essentielle, met en valeur les artistes et joue parfois un rôle à part entière. Sans elle, pas de spectacle, c’est évident. Mais sans les hommes qui la dirigent, le spectacle serait-il le même ? Philippe Brenner est régisseur lumières au Théâtre du Maillon, à Strasbourg. « Travailleur de l’ombre », il apprécie son métier pour le plaisir d’assister aux spectacles, et admire particulièrement la performance des danseurs. Son metteur en scène préféré : Romeo Castellucci. « J’aime beaucoup travailler avec lui. Ses spectacles sont forts, on ne peut pas rester indifférent. On y pense encore un, deux, trois, quatre jours après. »
Danse, théâtre, concerts… Tous les spectacles mobilisent plusieurs personnes à la technique. Au Maillon, plusieurs tâches sont tenues à tour de rôle par les trois régisseurs permanents : électricien de plateau, régisseur lumière et poursuiteur : « L’électricien de plateau, sous la responsabilité du directeur technique, reste en coulisse. Il s’occupe du rangement, de l’entretien, des branchements. Le régisseur lumière et le poursuiteur sont en régie. » Au rythme des spectacles, les journées de travail varient. « En général, ça joue principalement le week-end, explique Philippe Brenner. On peut travailler jusqu’à 12h dans une journée, selon l’importance du spectacle. La journée commence parfois à 9 heures, et peut finir à 2 heures du matin. »
Quand on lui demande comment il est venu à ce métier, Philippe Brenner sourit. « J’étais sanitaire chauffagiste, J'ai eu un CAP et un brevet de compagnons. Un jour, j’ai démissionné, je n’en pouvais plus. » A 25 ans, il entre pour la première fois dans un théâtre : « Je connaissais des intermittents, je leur ai demandé si je pouvais donner un coup de main. A mon premier spectacle, je suis tombé sur le cul. » Intermittent lui-même pendant 15 ans, Philippe Brenner est depuis deux ans permanent au Théâtre du Maillon. Lui qui a « tout appris sur le tas » n'envisage plus de changer de voie : « Je me sens bien ici. »
Une satisfaction qui n'empêche pas le régisseur de développer d'autres projets. « J’ai aussi travaillé avec une petite compagnie, « On a beau dire », pour une création à Avignon, une comédie musicale qui s’appelait La Petite Sorcière » , raconte le régisseur. Il avait alors imaginé tout le dispositif lumière, avec le metteur en scène. « C’est un très bon souvenir. »
Au Théâtre du Maillon, en revanche, aucun spectacle n’est créé. « La compagnie que le Maillon va accueillir nous envoie les fiches techniques de son spectacle. » Viennent ensuite l’implantation des projecteurs, des pendrions, des décor, des lumières et du son. A son arrivée, le régisseur de la compagnie n’a plus qu’à donner la « conduite » : les effets son et lumière du spectacle sont mémorisés dans la console lumière, qui se déroulera automatiquement pendant les représentations.
Les régisseurs travaillent aussi sur les expositions accueillies par le théâtre. « Nous décidons de la manière de mettre en lumière ce que les artistes exposent, en fonction de leurs œuvres et du matériel dont nous disposons. Nous leur proposons un plan, et nous prenons en compte leur avis. » A-t-il déjà eu envie d’être de l’autre côté des projecteurs ? S'il apprécie de créer des aménagements techniques, Philippe Brenner n'est pas attiré par le devant de la scène. « Je laisse ça aux professionnels. Mon rôle est d’être en coulisses, de faire en sorte que le spectacle se passe bien, techniquement. »
Pascaline Vallée |
 |