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Benoît Geers commence par s'excuser pour son français hésitant. Comme il s'emmêle dans quelques « euh » traînants, il semblerait presque timide. Pourtant, on devine que son discours au débit rapide est totalement maîtrisé et déjà bien rodé. Cette apparente contradiction est à l’image de cette région complexe qu’est la zone frontalière franco-belge : à la fois innovante et timorée, pleine d’espoir et de déception et traversée historiquement par différentes identités culturelles stratifiées. Le cadre idéal pour un festival qui se revendique transdisciplinaire et prend le risque de s’inscrire dans une région en pleine mutation.
Le centre névralgique est bien entendu la métropole lilloise qui, depuis Lille 2004 Capitale européenne de la culture, bénéficie d’une aura particulière. Toutefois il suffit d’être une fois descendu à la gare, aux pieds de l’allée de sculptures kitsch monumentales, pour comprendre que tout ceci n’est qu’une vaste entreprise publicitaire. Car pour les véritables acteurs culturels, la situation a peu changé, même si face à cette imposture certains ont tout de même réussi à tirer leur épingle du jeu (le festival Latitudes Contemporaines par exemple).
L’étape suivante de cette expansion institutionnelle se nomme Eurométropole et prévoit d’étendre le concept Lille-Roubaix-Tourcoing à l’échelle de la zone transfrontalière. « Cette nouvelle entité créée dans la foulée de Lille 2004 a pour objectif de répondre aux questions quotidiennes d'économie, d'écologie, de transports... Mais bizarrement, dans toutes les missions de l'Eurométropole, il n'était jamais question de culture. Il n'y avait rien concernant des accords culturels, des réseaux ou des collaborations entre des acteurs déjà existants de cette région transfrontalière. C'est ainsi que nous nous sommes réunis autour d'une table pour prendre les choses en mains, au lieu de nous plaindre et pour créer ce projet qui anticipe l'évolution future de la culture de cette région. »
Créant des ponts entre la région lilloise (La Rose des Vents), Courtrai (le théâtre et le centre d’art Buda) et Tournai (la Maison de la culture), Next a surpris en incluant l’espace Pasolini de Valenciennes, privilégiant ainsi la qualité d’un travail presque aussi artisanal que pointu, en contournant adroitement les règles du jeu géographiques. Malgré les apparences, Next n’a rien d’un énième tour de passe-passe institutionnel. En effet, si l’on retrouve les sempiternels Meg Stuart et Jan Fabre, on remarquera à la même place dans le programme les artistes fétiches de l’Espace Pasolini, comme Juan Dominguez ou encore la toute jeune Teresa Acevedo. Aussi il est encore difficile d’avoir une vision à long terme de ce que pèsera Next dans le plat pays… Benoît Geers lui-même est avide de commentaires, car il semble s’avancer en terrain inconnu…
Après avoir évoqué la présence de Tortoise, « une invitation qui me tient particulièrement à c½ur, car je suis moi-même un peu musicien », l’ambiance devient plus chaleureuse et il laisse l’interview évoluer en discussion informelle, d’autant plus que, comme généralement chez les flamands, le tutoiement est d’usage. Et les rôles de s’inverser. Avec une certaine candeur, il me demande alors ce que je pense de cette entreprise encore balbutiante, car il a du mal à la cerner lui-même.
Le festival Next a donc de quoi éveiller la curiosité d’autant plus que, malgré l’ampleur du projet, on sent derrière une évidente sincérité de la part des acteurs culturels qui, tout autant que les spectateurs, guettent ce que l’avenir proche réserve à cette région pleine de potentiels, mais qui a toujours eu du mal à trouver un véritable élan.
Florent Delval |
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