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Elagage au Lierre
Rencontre avec Farid Paya, directeur du Théâtre du Lierre
Depuis 1981, pousse la Compagnie du Lierre sur les murs de son théâtre éponyme dans le XIIIe arrondissement de Paris : un ancien hangar SNCF réaménagé, où afflue un public à qui l’on propose des créations transdisciplinaires. Son cadeau de Noël a été imaginé par l’Etat : une coupe budgétaire anti-repousse. Explication par Farid Paya, metteur en scène et directeur du lieu.
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Il conclut qu’il reste calme, parce qu’il se bat. Un oxymore qui résume bien la force tranquille qu’affiche Farid Paya, metteur en scène et directeur du Théâtre du Lierre, à Paris, lorsqu’il nous explique que le théâtre qu’il dirige depuis plus de vingt ans est possiblement condamné à mort. « Rien ne sert de s’exciter, de rentrer dans la violence des invectives » ajoute t-il après avoir insisté par trois fois sur ce terme employé par la Drac pour lui annoncer la nouvelle : « une décision en haut lieu ». Il le répète, comme si l’Etat lui avait lancé une devinette... « Une décision en haut lieu, qu’est ce que ça veut dire ? L’Elysée ? Le ministère ? On ne nous communique rien ». La Drac, antenne décentralisée du ministère de la Culture, lui a pour l’instant donné quelques informations : il sait maintenant qu’a été décidé, en « haut lieu » donc, que les crédits Culture seraient de préférence recentrés sur les équipements nationaux, « c'est-à-dire qu’ils favorisent un théâtre d’Etat. L’Etat va se désengager progressivement de structures comme la nôtre [le Théâtre du Lierre est une structure « intermédiaire » jusqu’alors subventionnée par l’Etat, la Ville, et obtient une petite subvention de la région, Ndlr.]. L’Etat estime donc que c’est à la municipalité de compenser la perte des subventions. Le problème est qu’il ne semble pas qu’il y ait eu une concertation globale avec la Ville. Et la Ville ne peut pas toujours compenser le désengagement de l’Etat. « On poursuit la casse du service public ». Il sait aussi que la majorité des experts DRAC sont eux-mêmes directeurs ou cadres de structures : « Un scandale ! Le comité d’expert est juge et partie ! »…
Le Lierre devrait donc mourir pour qu’existent de plus gros chênes ? Hormis ces quelques informations, silence radio. La demande faite pour accéder au rapport des experts de la Drac qui « n’auraient pas aimé le dernier travail », est restée sans réponse. D’ailleurs, « le » ou « les » experts ? Mystère. « Qui n’a pas aimé ? Sur quels critères ? Combien d’experts sont venus ? Nous n’en savons rien, il y a une opacité totale. »

Alors « se battre », pour Farid Paya, c’est d’abord puiser de l’énergie, collecter les 200 témoignages de soutien qu’il a jusqu’alors reçus. « De la part du public, d’abord, qui nous dit à quel point ce lieu est “magique, exceptionnel, singulier”. Dans des moments comme ceux-là, on se dit que le travail sur la convivialité du lieu est payant. Au Lierre, nous avons toujours tenté de créer un lieu vivant, où sont jouées les créations maison (qui ont d’ailleurs une durée de vie de 2 à 5 ans, elles tournent, sont reprises, font salles combles), où sont accueillies des compagnies émergentes pour la plupart ½uvrant à la croisée des arts de la scène, où par ailleurs ont lieu de nombreux échanges avec nos publics ou des répétitions publiques. C’est un lieu actif aussi parce que le travail de terrain est opérant. Selon nos chiffres, sur les 60 % de personnes, provenant de Paris intra muros, nous avons près de 20% de spectateurs issu du XIIIe arrondissement (qui compte 8,2 % de la population parisienne) » Se battre, c’est recenser scrupuleusement sur une feuille la liste des sites web et journaux qui ont pris la parole, « en devançant notre campagne de presse… La vitesse de propagation fut incroyable. » C’est se rejouir encore, avec joie, que témoignent de leur soutien des grands hommes de théâtre comme Robert Abirached ou Peter Brook, que Farid Paya n’imagine pas « défendre n’importe quelle compagnie. Les témoignages du public et des professionnels sont la preuve que nous faisons un travail de qualité ». Le public lui avait déjà dit mais « scandale suprême, il m’a été répondu que l’avis du public ne comptait pas ». Une sentence qui, pour Farid Paya, révèle un déni de l’avis du citoyen, et à un déni du service public. Une preuve de mauvaise foi, ensuite, lorsque l’on sait à quel point l’argument inverse est martelé pour incriminer les structures ou compagnies qui ne font pas salle comble « Selon les structures qu’ils ont envie d’épingler, ils se servent d’arguments contradictoires ! C’est un argumentaire dont ils se servent quand cela les arrange ! »

En l’occurrence, ce qui arrange l’Etat vis-à-vis du Lierre, c’est qu’il se passe de 60 000 euros de subventions en 2010, et de 130 000 en 2011. Soit un coup de grâce pour un Théâtre « qui ne peut faire aucune économie. Le Lierre n’a jamais été riche, mais il est très bien géré financièrement ». Peu importe, la bonne conduite importe peu devant le fait du Prince ; « parce que c’est vraiment cela ! Comment ne pas se dire que cette décision est une fois encore le fait du Prince ? ». Une question posée en ch½ur par les nombreux signataires de la pétition dont le nombre témoigne selon Farid Paya d’« une colère et d’une consternation générale ».

par Eve Beauvallet
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