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Le sourcil, ombrageux, surplombe un ½il vif. On le verrait bien en clown blanc, mais un clown défroqué des pistes à étoiles d’antan. Car si Guy Périlhou est un peu le Monsieur Loyal du nouveau cirque en Languedoc-Roussillon, il n’est pas là pour amuser la galerie. Au four et au moulin, depuis Alès et sa Verrerie, qu’il a transformée en « pôle cirque », il convient plutôt de le définir comme bâtisseur et comme entremetteur. C’est en Languedoc-Roussillon, dans une région hétéroclite qui va des Cévennes aux Pyrénées, en passant par les rivages méditerranéens et son arrière-pays de garrigues, que Guy Périlhou a réussi à faire pousser comme des champignons, avec un certain volontarisme comme seul engrais, chapiteaux et pistes de lancement pour nouveaux talents circassiens. Une région qu’il connaît comme sa poche, à force de l’arpenter sans relâche à longueur d’année (70 000 kilomètres au compteur par an).
Il n’a fait, au fond, que mettre en application sa thèse de doctorat, en économie, sur les relations entre spectacles vivants et aménagement du territoire. Pendant cinq ans, il a travaillé sur la mise en place des politiques contractuelles Etat / collectivités territoriales sur le territoire du Languedoc-Roussillon, mais au lieu de rester dans l’analyse / expertise, il s’est jeté dans le bain, d’abord comme directeur de production du Cirque Gosh, puis avec la création du Hangar des Mines, près d’Alès, un lieu qui regroupe des compagnies de cirque et de rue. De premières conventions, avec la Scène nationale d’Alès et la Scène conventionnée de Lozère, ont balisé le chemin du Pôle Cirque Cévennes et Languedoc-Roussillon, désormais labellisé « pôle national des arts du cirque », qu’il dirige aujourd’hui avec une ardeur restée intacte. Et cette action rayonne sur l’ensemble de la région, avec cinquante structures co-partenaires qui s’engagent dans la diffusion des spectacles soutenus par la Verrerie en création ou en pré-achat.
« Pour moi, explique Guy Périlhou, un spectacle n’existe vraiment que s’il tourne beaucoup. Le processus de création n’est vraiment terminé que lorsque le spectacle a été joué au moins 50 fois devant le public. Le spectacle se modèle au contact du public ». C’est là qu’intervient, pour atteindre un tel objectif de diffusion, l’entremetteur. « Guy Périlhou a la capacité de bien parler des spectacles, dit ainsi Medhi Moussa, directeur des affaires culturelles de la ville de Bédarieux. Son accompagnement des artistes nous permet de mener une collaboration étroite avec les compagnies tout au long du processus de création. Il nous propose parfois d’aller voir des étapes de création, c’est précieux. »
Avec les moyens qui sont les siens (l’ancienne Verrerie d’Alès, laissée en friche et investie dans les années 90 par la compagnie Archaos, n’a toujours pas été réhabilitée, mais l’Etat vient de donner son feu vert pour le cofinancement des travaux), Guy Périlhou est au fond un véritable « producteur », comme il n’en existe pas tant dans le spectacle vivant. Il accompagne les équipes artistiques sur plusieurs années, suit à intervalles réguliers les étapes de création ; et par ailleurs, joue un rôle essentiel dans l’accompagnement structurant des Rasposo comme dans la professionnalisation de talents émergents, comme Julien Candy et son Cirque Précaire, ou encore Vincent Gomez, transfuge d’Anomalie, qu’il a incité à créer sa compagnie, Hors Pistes, dans l’Aude. Ce militantisme de chaque instant puise son énergie dans les atouts du cirque contemporain, où, dit-il, « les émotions passent de vivant à vivant ».
Jean-Marc Adolphe |
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