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Six ans, pas tout à fait l’âge de raison, mais le festival prospectif et transfrontalier « Premières » est précoce. Ce fut, dès 2002, le premier plateau « européen » pour la metteur en scène russe Irina Kerutchenko, ou celui du Hongrois Viktor Bodo, des artistes alors fraîchement repérés par le réseau de Premières, qui fusent aujourd’hui sur les scènes européennes. C’était aussi en 2005 le premier plateau de l’Espagnole Marta Gil Polo, aujourd’hui réinvitée sur le festival avec d’autres « anciens » pour présenter ses projets aux directeurs de théâtres et professionnels européens réunis pour l’occasion. « Nous organisons cette année une table ronde avec l’ONDA, autour de laquelle les artistes qui sont passés par le festival peuvent rencontrer les professionnels, explique Bernard Fleury, co-programmateur avec le TNS de la manifestation depuis 2002. C’est plus chaleureux que de se croiser rapidement au sortir du spectacle, et cela permet, je l’espère, d’avoir une meilleure idée du fonctionnement du réseau et de l’état de la création sur ce territoire. » Présenter des parcours et non plus des œuvres, se faire zone de rayonnement mais aussi point de ralliement… Une première, pour ce festival qui se destinait jusqu’alors à valoriser les œuvres inaugurales de jeunes compagnies européennes défrichées par un solide réseau, constitué, entre autres, des grands centres de formation européens, de l’Union des Théâtres de L’Europe, de l’ONDA, et du TNS.
« C’est la question de la “seconde” qui nous intéresse tous aujourd’hui », résume Bernard Fleury. Les moteurs du festival ronronnaient bien : des rencontres fructueuses entre artistes de la même génération, des professionnels présents pour un panorama sur cinq jours des dramaturgies en éclosion… Mais la mécanique s’énerve cette année et double une logique festivalière qui se profilait : si la majorité des créations présentées sur Premières tournent bien, selon Bernard Fleury, les secondes productions des mêmes artistes sont souvent moins visibles. « Cela dépend des processus de travaux relatifs à chaque pays, évidemment. » Entre une création française souvent handicapée par la lenteur de sa production, une création italienne « qui fait face aux dégâts de l’ultralibéralisme et subit un assèchement terrible de ses formes », ou une jeune création allemande « formidable, mais qui est vite récupérée par les grands ensemble pour monter des pièces de répertoire », la circulation des œuvres est loin d’être fluide. « Par exemple, la France travaille beaucoup avec les réseaux belges et italiens, moins avec le réseau allemand, tchèque ou espagnol. C’est donc à nous de corriger cela », constate Bernard Fleury, qui rappelle en même temps que ces jeux d’attraction/répulsion trouvent aussi leurs explications esthétiques : « Même si les formes bougent, et que la France accueille beaucoup d’esthétiques proches du Performing Art, l’image du théâtre français est celle d’un théâtre logocentré, où la scène est le lieu où l’on fait entendre des auteurs. Le dénominateur est différent dans certains pays de l’Est, où le texte est au contraire une occasion de faire du théâtre. Les metteurs en scène anglais travaillent souvent dans des scénographies sommaires pour concentrer leurs recherches sur le jeu de l’acteur alors que le théâtre allemand se caractérise souvent par un concept dramaturgique fort. »
C’est cette pluralité de propositions (« surtitrées en français et en anglais dès l’an prochain ») que Bernard Fleury et Olivier Chabrillange du TNS, secondés par Barbara Engelhardt au conseil artistique depuis 2004, tentent de faire valoir « dans une logique proche des festivals internationaux, comme Ville occupée du KVS ou les Antipodes de Brest ». On le questionne d’ailleurs sur ce principe de fusion mis en œuvre cette année par le festival brestois, le Théâtre National de Chaillot et les Subsistances de Lyon. « Nous ne travaillerons pas selon le même modèle, mais nous pensons nous développer de deux façons : en nous associant, par exemple, avec le festival munichois Spielart, qui travaille selon une logique de “patronage” de jeunes artistes qu’il s’agit de suivre sur les festivals européens. Ensuite, nous sommes en train de réfléchir à la façon de structurer un réseau avec les capitales régionales qui nous entourent, dont les capitales rhénanes, pour accompagner les secondes productions des artistes qui sont passés par Premières. » Des artères à multiplier pour que la génération Europe puisse fuser, sans angles morts.
Eve Beauvallet |
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