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Thierry Baë transporté. Cycle thématique « C’est la vie » au Merlan de Marseille.
Chapeau : En déplaçant un grand journaliste d’investigation, le chorégraphe profile l’irrépressible vérité de son envol imaginaire. Un spectacle présenté à la Friche La Belle de Mai, dans le cadre du cycle thématique « C’est la Vie ! » par le Théâtre du Merlan, à Marseille.
Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (
http://www.artishoc.com)
Genre Agenda : danse
Rubrique : Agenda
du 07/02/2007 00:00 au 01/04/2007 00:00
Salle : Théâtre du Merlan
Avenue Raimu
04 91 11 19 21
Marseille 13014 France (Sud-Est)
Texte : Avouons-le : on nourrissait quelque crainte, à partir de ce qu’on croyait savoir des intentions de Thierry Baë dans la préparation de sa nouvelle pièce
Thierry Baë a disparu.Resituons le contexte : jusque là abonné aux seuls succès d’estime, harcelé par la perte de ses capacités physiques comme matérielles, Thierry Baë a embrassé voici deux ans un succès magnifique et soudain – jusque sur les plateaux du festival d’Avignon In – en mettant en scène la vraie fausse autofiction de son désarroi, dans son
Journal d’inquiétude. Que craindre à partir de là ? Qu’il tire dangereusement sur la même ficelle, de récits un brin comiques et rocambolesques en même temps que bellement graves, en y convoquant des figures amies et bien plus connues que lui, complices consentantes et paradoxales de sa dénonciation des mécanismes de la notoriété.
Or Thierry Baë réussit un déplacement inspiré, en invitant cette fois l’ami qu’on n’attendait pas, soit son copain d’enfance, le journaliste d’investigation Denis Robert, rendu fameux à la faveur des rebondissements de l’affaire Clearstream. Avec cette grande carcasse d’homme de conviction, robuste et placide, s’éveille la thématique chaleureuse des valeurs de l’amitié profonde, du souvenir et de l’engagement ; de ce qui tend et fait vibrer le fil d’une vie. L’enquêteur incarne les notions de la pure vérité factuelle, bien dure, mais qui ne se conquiert qu’au prix d’homériques combats.
A chacun des mots de Denis Robert, tout cela résonne sourdement, et irise la dramaturgie des vérités moins saisissables, qui se profilent dans l’imaginaire, et inspirent les embardées et échappées de l’ami artiste. A travers les deux hommes, deux registres de la conscience d’être à soi et au monde se conjuguent dans
Thierry Baë a disparu.Lorsque sur scène est énoncé, plus clairement que jamais, le diagnostic clinique de la redoutable maladie rare et incurable qui délite inexorablement le potentiel physique du danseur, lorsque s’imprime dans les esprits l’hypothèse du dernier spectacle, voire de plus funestes, l’investissement de cet homme qui n’est pas de l’art donne à l’écoute un tranchant aigu, aux reflets démultipliés.
Or Thierry Baë s’est bel et bien absenté. On adhère ou pas au scénario abracadabrant, selon lequel on ne sait trop comment ni pourquoi il aurait convaincu Denis Robert de s’essayer à la danse contemporaine, et l’accompagner sur scène dans son nouveau spectacle. La projection d’images – crées par François Lejault – va suppléer à l’absence du chorégraphe, entre temps embarqué par surprise dans un voyage au bout du monde, en quête d’une guérison miraculeuse auprès d’un sage d’Extrême-Orient. Et notre journaliste non danseur, ni même comédien, de se retrouver seul à évoluer sur le plateau, tentant de rattraper cet impossible coup.
Donc, l’image, disait-on. C’est elle qui démultiplie les niveaux de récits, et peuple d’une formidable dynamique, la vastitude exagérée du vide ouvert par l’improbable scénario échevelé monté par Thierry Baë. Image à registres nombreux, du vrai-vrai au vrai-faux documentaire, de l’album jauni des souvenirs aux saynètes de comédie. Etc. Cette abondance maîtrisée active les formidables puissances imaginaires du regard moderne, définitivement aspiré par les fascinations audiovisuelles. Que peut le geste ? Par contraste, s’accentue la gravité d’une présence au plateau, d’un non danseur esquissant la mise en mouvement de ses pensées et émotions ; mais encore, plus prégnante encore, de l’absence au plateau de l’artiste qu’on y attendait, l’artiste disparu, dont rien n’assure qu’il y pourra toujours revenir. Thierry Baë a disparu, tout à l’ardeur chimérique et enjouée de son combat de survie, en grand voyage vers les vérités enchantées, et rêves de guérison, flottant entre sciences et croyances.
On n’en finirait pas d’essayer de cerner le jeu de plans et arrières-plans, consistances et lignes de fuite, miroitements et dédoublements qui animent cette vraie-fausse autofiction. Dédoublement ? Détriplement ? Il faut protéger le mouvement final de la pièce. On peut en revanche évoquer les images projetées d’un Therry Baë dansant avec le grain tremblé des incunables filmographiques des figures légendaires de la danse au temps des débuts du cinéma.
Car enfin, le plus mystérieux de cette pièce, est la conviction qui en reste, de son caractère absolument chorégraphique, alors même que Denis Robert dépasse rarement le stade de la brève ébauche maladroite d’un déploiement gestuel. A ce niveau, il est en somme le premier venu, auquel un chorégraphe échappé dans un souffle de vie, aura décidé de léguer des puissances de danse. Demeurent-elles lacunaires et embryonnaires, qu’elles n’en prennent que plus la valeur d’une transmission inestimable, au bord des questions essentielles.
Gérard Mayen
Journal d’inquiétude et
Thierry Baë a disparu sont présentés à la Friche La Belle de Mai, en accueil avec Marseille Objectif Danse, du 20 au 24 février à 20h30, dans le cadre du cycle thématique “C’est la Vie” proposé par Le Merlan, Scène Nationale de Marseille, du 7 février au 1er avril.
Inséré le : 22/02/2007 11:41
Le Merlan schéne nationale de Marseille -
http://www.theatre-merlan.org