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En frôlant l'existence

Texte de Daniel Dobbels


Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (http://www.artishoc.com)

Genre Ressource : texte d'artiste

Daniel DOBBELS rédacteur

Texte : La danse serait cet art qui voile son propre déchirement. A cette fin, même nue et
pauvre, elle vêt et voile les corps les moins prêts à entendre ses silences, les moins
aptes à trouver auprès d’elle cette qualité d’imminence que lui reconnaissaient,
étrangement, Nietzsche, Valéry et Artaud. Ce dernier écrivait en 1948 : « la danse, et par
conséquent, le théâtre, n’ont pas encore commencé à exister ».
Date essentielle par la
période qu’elle désigne avec une acuité excédant tout jugement : cet après-guerre sans
précédent qui ne pouvait, à la différence de celui de 14-18, exiger réparations et paiement
d’une dette en ce point incommensurable.
Cette danse qui ne parvient pas à l’existence, Artaud ne dit pas qu’elle n’est pas. Elle frôle
l’existence. Elle est toujours sur le point d’être ou de ne pas être. Et, en ce sens, inouï et
énigmatique, elle n’en démord pas. Elle draine des forces interdites (de séjour) dont
l’émergence ne fait signe, ni politiquement, ni esthétiquement, ni socialement. Elle meurt
aux signes qui la ferrent. A leur contact, elle tombe en syncope.
Saisie par l’horreur qui la condamnerait au « pur » trait ou geste réflexe ou à l’embolie
machinale. L’infini n’est pas son champ ; elle le zèbre de lignes et de traces mouvantes
comme le sable entre les doigts.
Elle va. Va porter les champs de son récit là où le corps ne saurait parcourir seul et de lui-même
les textes et terres non encore déchiffrés, défrichés, qui s’ouvrent autour d’elle sans
concession.
Une danse — celle que l’insensible déchirure obsède — ne peut pas ne pas prendre en
compte et détourner les coups sans appel de l’Histoire pour maintenir ouvert un espacement
étranger aux formes mortelles d’un système qui ne peut qu’aliéner le moindre geste.



Inséré le : 23/02/2007 15:48