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Paris lui appartient. Rétrospective Jacques Rivette au Centre Pompidou
Chapeau : Du 21 mars au 30 avril, le Centre Pompidou invite à une exploration exhaustive de la filmographie, riche en passages secrets, de Jacques Rivette, à l’occasion de la sortie en salle de son nouveau long métrage,
Ne touchez pas la hache.
Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (
http://www.artishoc.com)
Genre Agenda : cinéma
Rubrique : Agenda
Jacques Rivette réalisateur
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du 21/03/2007 00:00 au 30/04/2007 00:00
Salle : Centre Pompidou-Musée d'Art Moderne (4e)
Place Georges Pompidou
01 44 78 12 33
M° Rambuteau, Hôtel de Ville, Châtelet
Paris 75004 France (Ile-de-France)
Texte : Si son premier court métrage,
Le coup du berger (1956), est généralement considéré comme le coup d’envoi officiel de la Nouvelle Vague, Jacques Rivette reste la personnalité la moins exposée du noyau historique des Cahiers du Cinéma – Cahiers dont il fut l’un des contributeurs les plus incisifs (1). Loin de subir cette sous-exposition, Rivette la recherche et l’affectionne. Il n’est, à cet égard, pas exagéré de dire que l’ombre est son royaume : le motif de la conspiration, ouvrant souvent sur l’idée d’une société parallèle (aux codes diamétralement opposés à ceux de la société ordinaire), revient ainsi de manière récurrente dans son œuvre, empreinte de signes irréels (ou, si l’on préfère, surréels) et hantée par maintes figures fantomatiques. Dès lors, grande est la tentation d’assimiler Jacques Rivette à un théoricien et praticien de la société du spectral… Faut-il céder à cette tentation ? Va le savoir qui va suivre de près la rétrospective intégrale mise sur pied par le Centre Pompidou, en concomitance avec la sortie en salle, mercredi 28 mars, du nouveau film de Rivette,
Ne touchez pas la hache, adapté de
La duchesse de Langeais d’Honoré de Balzac (2). Véritable entreprise de spéléologie, cette rétrospective exhume les films les plus rares – certains presque invisibles, tels
Noroît(1976),
Merry-Go-Round (1977), avec Joe D’Allessandro et Maria Schneider ou le mythique
Out One (1971), film absolument déraisonnable (à l’image de son acteur principal, Jean-Pierre Léaud), voué par sa seule durée (12h30 !) à la clandestinité – et propose, chaque fois qu’il y a lieu, les deux versions existantes, la longue et la courte (laquelle, dans le cas d’
Out One, atteint tout de même 4h20). Hérité des serials des années 20 (3), dont les surréalistes firent aussi leurs délices, le goût de Jacques Rivette pour les films-fleuves, d’inspiration feuilletonesque, permet de pointer une caractéristique primordiale de son cinéma : la recherche de l’absolu. De toute évidence, le cinéma selon Rivette ne vaut que s’il est, d’une manière ou d’une autre (et, de préférence, de plusieurs manières…), expérience des limites – limites mentales ou physiques, qu’il s’agit, sinon d’abolir, du moins d’éprouver au maximum, et de faire éprouver au spectateur, convié à vivre une séance à peu d’autres pareille. Cette dimension excessive est particulièrement tangible dans les films de l’après-68, errances poétiques à la puissante coloration libertaire, dont le mirobolant
Céline et Julie vont en bateau (1974), durant lequel le bon sens tombe à l’eau, fournit sans doute le prototype le plus jubilatoire. S’il incline volontiers au vagabondage et à la fantaisie, flirtant alors souvent avec la théâtralité (
Haut bas fragile, Va savoir : deux films d’une grâce parfaite), l’excès rivettien a pu aussi se traduire en termes de gravité et d’austérité : pour ne prendre que deux exemples, citons son diptyque consacré à
Jeanne La Pucelle (1992-1994), beaucoup plus proche de Bresson que de Besson, et
La Religieuse (1966), magistrale transposition du roman de Diderot qui eut l’heur de déplaire à des associations extrémistes catholiques, ce qui incita le ministère de l’Information (sic) à bloquer la sortie du film, avant de l’interdire aux moins de 18 ans. Comme tous les traits essentiels d’une œuvre, l’excès était bien sûr présent dès les débuts, inscrit dans le corps de
Paris nous appartient (1960), premier long métrage d’une belle ampleur narrative qui relate les aventures d’une troupe de théâtre en train (d’essayer) de monter le
Périclès de Shakespeare et pour lequel Jacques Rivette avait suggéré de faire la publicité suivante :
« Si vous êtes fou, si vous avez des complexes, si vous croyez que tout le monde vous en veut, allez voir Paris vous appartient.
» Plus de quarante ans après, le slogan reste valable et peut très bien, par extension, s’appliquer à cette enthousiasmante intégrale. Tous les (amoureux) fous vont s’y donner rendez-vous.
Jérôme Provençal
(1) Contrairement à ses acolytes de la Nouvelle Vague, Rivette s’est toujours opposé à une réédition en volume de ses articles – le plus retentissant d’entre eux restant
De l’abjection, écrit en (violente) réaction au
Kapo de Gillo Pontecorvo et publié dans le numéro 120 des Cahiers du Cinéma.
(2) Ecrivain fétiche de la Nouvelle Vague en général et de Rivette en particulier. Il avait déjà puisé dans le corpus balzacien pour
Out one, qui s’inspire de
l’Histoire des Treize, et pour
La belle noiseuse (1991), qui prend
Le chef d’œuvre inconnu pour modèle.
(3)
Duelle (1976) rend ainsi un hommage merveilleux à Louis Feuillade et à l’actrice Musidora.
Restauré et accompagné d’un bonus signé Dominique Païni,
Paris nous appartient sort ce mois-ci en DVD chez MK2.
Inséré le : 22/03/2007 16:24
http://www.centrepompidou.fr