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Des souris et des urnes. La 2e édition de Mal au Pixel à Paris

Chapeau : Branche francilienne d’un réseau international, Mal au Pixel s’attache, pour sa deuxième édition, à confronter culture électronique et fonctionnement démocratique, via une saine alternance entre concerts, conférences, installations et autres performances
Date : A Paris (Confluences, Ars Longa et Institut Finlandais) et St-Ouen (Mains d’½uvres),

Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (http://www.artishoc.com)

Genre Agenda : événement / festival

Rubrique : Agenda

du 14/04/2007 00:00 au 21/04/2007 00:00
Salle : Confluences
190, boulevqrd Charonne
0140241634
Paris 75020 France (Ile-de-France)




Texte : Uni avec le Finlandais PixelAche et le Colombien PixelAzo, le festival Mal au Pixel se conçoit comme un « moment de regard sur les pratiques électroniques actuelles, de partage de savoir-faire, d’expériences ludiques et de débats ». Longue d’une semaine, l’édition 2007 prendra fin dans la nuit du 21 au 22 avril, quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote pour le scrutin présidentiel. De cette coïncidence a jailli une problématique à la franche connotation politique : « Démocratie ? Faites-la vous-même ! ». Mathieu Marguerin et Vincent Guimas, responsables de la programmation générale de Mal au Pixel, en détaillent ici les tenants et les aboutissants.

Tenant compte des enseignements de la première édition, quels réglages avez-vous effectués ?
Mathieu Marguerin :« Vu que la première édition s'est plutôt bien passée, nous avons décidé de faire la même chose… en pire ! Plus national, plus court et moins bien financé, mais avec autant de surprises à la clé. Le vrai changement de cap, ce sera pour l'année prochaine. Pour cette deuxième édition, nous sommes partis de l'hypothèse que les artistes et les chercheurs, les hackers et les activistes portent un potentiel de reformulation des systèmes politiques et sociaux. En fait, il s’avère qu'ils proposent un regard critique, poétique ou ludique sur la réalité plus qu’ils ne pensent de nouvelles utopies. Le collectif finlandais Ykon, avec son travail sur les micronations, n'occulte pas l'onirique et le fabuleux. Société Réaliste aborde le design politique - ou Antoine Schmitt les graphiques statistiques – dans le but d’en extrapoler les qualités plastiques. Le collectif RYbN, qui aspire du Net des flux de données statistiques ou boursières, recompose une poétique avec ce matériau… De tout cela, nous espérons tirer de l'émerveillement plus qu'une illusion de discours politique. »
Vincent Guimas :« Pixelache/Mal au Pixel a pour spécificité de mettre au c½ur de ses problématiques des regards singuliers sur notre société. L’intitulé de cette année, “Démocratie ? Faites-la vous-même !”, vise non seulement les femmes et les hommes qui s'emploient dignement à nous gouverner mais aussi les télé-citoyens passifs et formatés que nous sommes tous devant nos écrans.»

Cet intitulé traduit un désir impératif d'inscription – et d'initiative – citoyenne. Les organisateurs de Mal au pixel auraient-ils mal au pays ?
MM :« Juste une légère sensation de malaise, face à laquelle nous n'avons pas la prétention d'apporter un panel de remèdes. Nous aspirons plutôt à une cure d'authenticité.
On ne peut que regretter que le débat disparaisse - il suffit de voir ce qui se passe en ce moment avec les partis de gouvernement - et que l'enjeu principal réside dans l'habillage du discours, la cosmétique politique et le consensus programmatique. Du lien et de la confrontation plutôt que du prêt-à-consommer, voilà notre v½u pieu ! Et de l'enthousiasme plutôt que de la gravité… Du rêve plutôt que du bon sens. Le choix de s'inscrire dans la situation électorale actuelle relève de notre positionnement esthétique : voir des pratiques artistiques qui interagissent avec les pratiques citoyennes et qui s'inscrivent dans la réalité du monde contemporain. Nous souhaitons aussi une scène où l’on puisse voir les projets éclore – ce qui suppose de l'expérimentation, des ratages et des succès – et où l’on puisse débattre et apprendre ensemble. C'est la raison pour laquelle les débats (sur l'Intelligence Collective, sur le “bruit” médiatique de la présidentielle sur le Web…) occupent une place importante dans lefestival. »
VG :« Je considère “Démocratie ? Faites-la vous-même !” comme un terrain de jeu pour les artistes que nous invitons. Cet intitulé provocateur est la règle du jeu que nous leur proposons dans un contexte politique particulier. Ni plus, ni moins. A notre façon, nous tentons de révéler la poésie du pixel dans un océan de gravité. La question de nos sociétés hyper médiatisées nourrit une problématique supranationale : “Allons-nous vers une formidable émancipation de l'individu ou vers une extraordinaire aliénation des foules consommatrices ?” L'élection présidentielle française constitue, à ce titre, un espace d'expérimentation politique pour confronter temps démocratique et temps hyper médiatique et juger de leur compatibilité. »

De quelle manière le développement des outils électroniques de communication et/ou de création agit-il, selon vous, sur l'expression, prise dans son acception la plus large, et sur la propagation des idées et des formes exprimées ?
MM :« La marchandisation des contenus culturels, donc des contenus numériques, représente un vrai risque d'écrasement des différences et de leur possibilité de s'exprimer. Rappelons-nous que DADVSI ou le lobbying sur les DRM tendent à rendre illégales bien des alternatives à la diffusion marchande telle qu'elle est rêvée par les majors.
Néanmoins, le contrecoup à la spéculation économique sur Internet s’est manifesté discrètement mais sûrement : à partir de la création d'outils collaboratifs ouverts (open source, c’est-à-dire libres de droits), de nouvelles scènes inédites sont apparues. Wikipedia en est l'exemple le plus saillant, cette encyclopédie participative véhiculant en outre une éthique du faire-soi-même. Le potentiel d'expression personnelle et collective s'en trouve incontestablement augmenté. Cette éthique repose sur des procédés que les artistes se sont très tôt appropriés : basse technologie, amateurisme, démontage/recyclage de l'existant… Cela représente un enjeu crucial, notamment vis-à-vis des plus jeunes : oui, on peut faire d’une PS2 autre chose – par exemple un ordinateur portable à peu de frais – que ce pour quoi elle a été fabriquée. Nous évoluons sur deux tangentes opposées : marchandisation des contenus culturels d'un côté, partage des savoirs et création collective de l'autre. Nous avons ainsi affaire à une logique paradoxale, comme dirait Virilio, avec laquelle chacun doit négocier, plutôt qu'une logique dialectique qui suppose de choisir son camp – les groupes industriels eux-mêmes doivent négocier face à la réalité des usages… »
VG :« A chaque époque ses enjeux, ses progrès et ses galères. A chaque époque ses réponses symboliques et artistiques. La société d’aujourd’hui, hyper médiatisée et préprogrammée, est le résultat d'une baisse des coûts de l'outillage informatique, associée à une démocratisation des moyens de communication et des pratiques artistiques assistées par ordinateur. Cette situation amène naturellement les artistes à questionner la société, ses formats et nos choix. La performance technique n'est plus au c½ur de leur propos.
A l’image de la proposition “ Ordigami X26” , légère et fulgurante, pliée et dépliée par Etienne Cliquet, l'art numérique ne questionne pas ses outils mais les comportements individuels et collectifs qu'ils induisent et qui révolutionnent irrémédiablement nos modes de vie. Pour le meilleur, espérons-le…

L'influence du numérique sur l'artistique et le politique n'est-elle que bénéfique ?
MM :« L'artistique et le politique suivent deux processus différents.
En art, un enjeu notable consiste à manipuler et détourner la matière première (les écritures numériques, les supports techniques, les réseaux…) et à l'agencer autrement, à des fins poétiques, plastiques ou même purement expérimentales. C'est toujours exemplaire en soi, pour que chacun comprenne qu'il est possible de créer autrement et indépendamment des fabricants de matériels ou de logiciels et des fournisseurs de contenus. De ce point de vue, les artistes et les bricoleurs du monde numérique ont à leur actif des réalisations brillantes, tel que PureData, un logiciel dont le code source est ouvert, et qui permet de faire de la musique en réseau ou même de piloter une chaîne de production industrielle. C'est cette masse critique d'usagers-citoyens qui est significative : les réseaux numériques représentent un vrai potentiel de recherche sur les architectures sociales, comme en attestent par exemple les rencontres Doors of Perception, menées en Europe et en Inde. De son côté, la politique institutionnelle semble voir dans le numérique davantage un enjeu de communication. Lorsque celle-ci n'est plus unilatérale mais recherche la participation des citoyens, c'est déjà une amélioration. Reste à savoir s'il s'agit d'aller vers une démocratie plus participative ou bien d'élargir le“ think tank”, pour finalement se replier derrière les tenants de la démocratie représentative, qui gouvernent à coup de 49-3 ».
VG :« L'ère du numérique est une révolution dans l'histoire de l'humanité. Elle permet de fluidifier les flux d'information du corps social et de documenter l'aventure humaine à l'infini. En 20 ans nous avons mémorisé/numérisé plus d'informations qu'en 3000 ans. Mais la puissance et la complexité des outils, constamment réactualisés, nous entraînent dans une course technique et cognitive que nous nommons “ progrès”. Certains pensent aujourd'hui que l'immédiateté de l'information pervertit la démocratie en écrasant le temps de la réflexion nécessaire à la raison. Le temps virtuel porterait-il en lui les germes d'une démocratie “ pulsionnelle? ” Les rencontres “ Bruits médiatiques” (1), et “Afrique, terre d'accueil du Libre” (2) offriront des clés de lecture sur ces enjeux.
Un rapport de l'UNESCO de 2001 nous fournit une lecture atypique de la fracture numérique : en déléguant nos mémoires à la machine, nous oublions d'apprendre et d’archiver. Dès lors, nous accumulons et perdons sans cesse les données. »

L'Internet représente-t-il un véritable espace alternatif ?
MM :« L’Internet est un double fantasmatique du monde réel. Il représente le continent mythique perdu, l'Eldorado, aussi bien aux yeux des chercheurs d'or que des fondateurs de communautés singulières. La grande différence avec le monde réel consiste dans le fait qu'un hacker ou un artiste isolé peut avoir autant de pouvoir symbolique qu'un gouvernement ou une multinationale. Il suffit de constater les pastiches de sites Internet réalisés par The Yesmen ou wU-M-P pour comprendre qu'ils ont une force de frappe égale, sinon supérieure, à celle de leurs cibles. Les médias conventionnels sont verrouillés (et les temps de parole minutés) tandis que, sur la Toile, la lutte est féroce et échappe (presque) à tout contrôle.
VG :« Je ne suis pas complètement d'accord avec toi. L’Internet est aujourd'hui, pour 95% de nos concitoyens, une galerie marchande dans laquelle on peut se croiser et discuter, si on le souhaite, de choses très intéressantes. Le rayon bricolage et la tête de gondole peuvent devenir, le temps d'une rencontre, des espaces alternatifs chauffés et biens éclairés. »

Diriez-vous qu'à l'avenir la démocratie sera électronique ou ne sera pas (ou plus…)?
MM :« Notre mode de démocratie actuel est déjà “ numérique”, puisqu’il est fondé sur le nombre. Le devenir-électronique paraît inéluctable mais à quelles fins politiques obéit-il ? Facilitation de l'administration quotidienne du monde, consultation et interaction citoyenne, surveillance et traçage en temps réel, sondage et marketing directs ?
Un écueil évident réside dans la volonté d’annuler certaines transactions physiques. Prenons l’exemple du vote électronique, qui s'impose déjà dans plusieurs villes pour la prochaine présidentielle. Or, avec le vote électronique, il n’est pas possible de recompter les bulletins.
Un doute s'installe, irrémédiablement, et ça fait mal au pixel.
VG :« La démocratie c'est la confiance qu'on fait à l'autre pour avancer ensemble et en toute civilité lors d'un long voyage, même si l’on n'est pas d'accord sur l'itinéraire.
L'électronique c'est la méfiance qu'on éprouve à l’égard de notre ordinateur lorsqu’on achète quelque chose, lorsqu’on branche ou débranche un disque dur externe, lorsqu'on signe 24 mois avec un fournisseur d'accès, lorsqu'on est seul devant un océan de codes incompréhensibles, lorsqu’on sait que des RFID (3) seront bientôt planquées dans nos cartes d'identité, ou encore lorsque, fatigué, à 2 heures de matin, on envoie un mail mal adressé et spammé. Dans ces moments-là, on repense aux PTT… »

Propos recueillis par Jérôme Provençal

1. Le lundi 16 avril, Confluences, 18h-20h
2. Le mercredi 18 avril, Confluences, 18h-20h
3. L’étiquette RFID (Radio Frequency Identification) est une technologie déjà largement utilisée pour reconnaître ou identifier à plus ou moins grande distance, et dans un minimum de temps, un objet, un animal ou une personne porteuse d’une étiquette capable d’émettre des données en utilisant des ondes radio




Inséré le : 04/04/2007 12:14
http://www.pixelache.ac/2007/malaupixel07