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Lignes d’ondes. La chorégraphe Perrine Valli et la musicienne Colleen à Mains d’Œuvres

Chapeau : A Mains d’Œuvres, le 11 mai, la chorégraphe Perrine Valli présente Série, création inspirée d’une réflexion de Deleuze. Un spectacle dont la bande-son est composée et interprétée par la Française Cécile Schott, alias Colleen, qui présentera ensuite un nouvel album enchanteur, Les Ondes silencieuses.

Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (http://www.artishoc.com)

Genre Ressource : brève / notice

Genre Agenda : événement / festival

du 11/05/2007 00:00 au 11/05/2007 00:00
Salle : Mains d'oeuvres
1, rue Charles Garnier
01 40 11 25 25
Saint-Ouen 93400 France (Ile-de-France)




Texte : « Les gens sont composés de lignes très diverses, et ils ne savent pas nécessairement sur quelle ligne d’eux-mêmes ils sont, ni où faire passer la ligne qu’ils sont en train de tracer : bref, il y a toute une géographie dans les gens, avec des lignes dures, des lignes souples, des lignes de fuite... » Ce sont ces lignes, précisément, de Gilles Deleuze qui ont soufflé à la chorégraphe et danseuse franco-suisse Perrine Valli – repérée aux côtés de Cindy Van Acker, et fondatrice en 2005 de sa propre compagnie, l’Association Sam-Hester – l’idée de sa deuxième création, qu’elle vient présenter ce vendredi 11 mai à Mains d’Œuvres. Partant de cette idée, elle a ainsi imaginé dans Série une structure formelle qui renvoie également aux tableaux d’Aurélie Nemours : au sol, un quadrillage de bandes de papier délimite six espaces qui vont devenir les lieux d’une succession de scènes, brèves et minimalistes, des espaces-temps où les mouvements créent des histoires, et où ces histoires s’entrecroisent. La manière dont l’espace modèle le geste, et lui donne un sens, la variation et la répétition, la rigueur et l’accident, l’abstraction et le lyrisme : telles sont les multiples dimensions que Perrine Valli explore dans sa danse (elle évolue ici en solo) avec Série.
Un spectacle – prochainement présenté aussi au Centre Culturel Suisse – qui, conformément à une autre des préoccupations de Perrine Valli, accorde une large place à une dimension sonore élaborée parallèlement à la chorégraphie. En l’occurrence, la bande-son de Série est l’œuvre de la musicienne Cécile Schott, qui, sous le nom de Colleen et en l’espace de deux albums publiés par l’excellent et éclectique label anglais Leaf (Murcof, Boom Bip, Efterklang…), s’est imposée comme l’une des personnalités à suivre de la scène française. Interprétée en directe sur scène, la musique de Série viendra étayer et prolonger les lignes de force et de fuite – les lignes de vie esquissées par la danse.
C’est d’ailleurs ce merveilleux alliage de dépouillement et d’émotion qui fait tout le prix des Ondes silencieuses, troisième album de Colleen à paraître, toujours sur Leaf, le 14 mai. Multi-instrumentiste de formation classique, Cécile Schott y radicalise encore les partis pris qui lui avaient déjà valu de figurer quelque peu à part dans le catalogue d’un label plutôt axé sur la musique électronique : la matière des Ondes silencieuses est exclusivement acoustique, Colleen y passe de la viole de gambe (elle est violoncelliste de formation) à la guitare acoustique, de la clarinette et l’épinette. Le résultat – dont on peut déjà écouter quelques extraits sur la page Myspace de la musicienne – est une sorte de folk proprement magique. Mais un folk au sens large, syncrétique – parent de celui d’un Yann Tambour (voir le numéro 40 de Mouvement) qui, avec son projet Thee, Stranded Horse (magnifique nouvel album sur le label Talitres), retourne aux sources de l’Americana par l’usage d’un instrument africain, la kora : un folk qui n’est ni « anti », ni « lo-fi », mais qui semble brasser une multitude d’influences et d’époques. Un morceau comme Sea of tranquillity, par exemple, résonne comme une ballade médiévale, à travers laquelle la guitare évoque tour à tour un luth ou une harpe celtique. On est ici moins proche des Rachel’s (dont le minimalisme s’inscrirait plutôt dans une optique néoclassique) que de certains disques de la collection « Made to Measure » lancée dans les années 1980 par Crammed Discs (ceux de Benjamin Lew par exemple, auquel fait songer l’usage de la clarinette), voire du label ECM. L’adjectif « intemporel », l’expression « folklore imaginaire » semblent avoir été forgés pour qualifier cette musique sans âge, où, comme dans Série, des lignes épurées semble se croiser et se rencontrer pour mieux faire jaillir la vie.
Sur scène, ces lignes sont retranscrites au moyen d’une pédale de sampling, dont Colleen use pour pouvoir passer d’un instrument à l’autre avec une intelligence dont on pourra prendre la mesure lors du concert que donnera Colleen, ce 11 mai, à l’issue de la représentation de Série. Une soirée pluridisciplinaire placée sous le signe de l’intime et de l’abstraction, à ne pas rater.

David Sanson



Inséré le : 02/05/2007 11:02
http://www.mainsdoeuvres.org