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La Biélorussie sans fard
Le Théâtre Libre de Minsk, à Alfortville
Chapeau : Clandestin dans son propre pays, le Théâtre Libre de Minsk se produit au Théâtre-Studio d'Alfortville du 15 mai au 2 juin. Au programme : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Biélorussie de Loukachenko en trois épisodes dramaturgiques
Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (
http://www.artishoc.com)
Genre Ressource : brève / notice
Genre Agenda : théâtre
du 15/05/2007 00:00 au 02/06/2007 00:00
Alfortville 94140 France (Ile-de-France)
du 15/05/2007 00:00 au 02/06/2007 00:00
Alfortville 94140 France (Ile-de-France)
Texte : L'évocation d'un théâtre clandestin en Europe semble presque délicieusement surannée, vaguement anachronique. C'est compter sans un ancien directeur de kolkhoze, reconverti aujourd'hui en dictateur régional. Alexander Loukachenko – puisqu'il s'agit de lui – a réactivé en Biélorussie la notion un peu démodée de culture officielle. Sur les scènes des théâtres publics, on joue Shakespeare et Tchekhov, dans des mises en scène très sages. Mais pas question de représenter le quotidien de la Biélorussie contemporaine : la drogue, l'alcool, la peur, la misère et, bien entendu, la répression politique. Dire la vérité sur la société d'aujourd'hui, c'est pourtant le but dangereux que se sont fixés Nicolaï Khalezine et Natalia Kaliada en fondant le Théâtre Libre en 2004. Soutenu par Vaclav Havel ou Tom Stoppard, le Théâtre Libre est accueilli favorablement partout dans le monde, sauf dans son propre pays. En Biélorussie, chaque représentation est l'occasion d'un jeu de piste complexe. D'abord, le spectateur réserve sa place sur internet. Par la suite, il reçoit un coup de téléphone pour lui indiquer un point de rendez-vous. De là, il sera conduit à un lieu de représentation improvisée : appartement privé, clairière au milieu des bois, arrière-salle de bistrot ou de cantine. Cela n'empêche pas les espions du régime de s'infiltrer. Et les risques encourus par les opposants à Loukachenko ne sont pas imaginaires. Menaces, tabassages, emprisonnements : les moyens de pression ne manquent pas. Et la Biélorussie, comme toute dictature, compte aussi ses morts et ses disparus...
C'est cette Biélorussie qui souffre, renonce ou se bat au péril de sa vie que racontent les trois pièces qui vont être données au Théâtre-Studio d'Alfortville.
Génération Jeans de Nicolaï Khalezine est un monologue autobiographique. A l'époque soviétique, jeans importés et disques de rock circulaient sous le manteau. Ils étaient le symbole d'une opposition plutôt pacifique au régime communiste. Khalezine s'amuse à faire une sorte de métaphysique humoristique et politique du jean :
« Pour les costumes, il y a les bureaux, pour les jeans, il y a les barricades. Les dictateurs n'aiment pas les jeans, ils aiment les costumes sombres et les vestes militaires. Je n'aime pas les costumes, c'est pourquoi je me suis retrouvé dans la rue...sur les barricades. » Saut dans l'histoire, septembre 2005 : le drapeau blanc-rouge-blanc, symbole de l'indépendance nationale, est arraché par les soldats des mains des manifestants de la place de Minsk. Un jeune homme attache alors sa veste de jean à un bâton. Le symbole de la liberté perdure, identique, d'une génération à l'autre. Le témoignage de Khalezine devient alors une leçon de résistance, tantôt drôle, tantôt dramatique : expérience angoissante de l'emprisonnement dans un « godet », une de ces cellules-cercueil verticales ; aménagement de la vie carcérale entre les « droits communs » et les « politiques » ; rencontre de la femme aimée lors d'une manifestation de l'opposition...
Les deux autres spectacles empruntent une esthétique plus surprenante, mais qui n'en décrit pas moins l'état de la société biélorussienne actuelle.
Nous Bellywood résulte du montage de plusieurs textes, écrits par de jeunes auteurs, lauréats d'un concours (clandestin, il va sans dire) d'écriture dramatique lancé par le Théâtre Libre sur le thème de l'identité de l'individu biélorussien. Les œuvres de Pavel Rassolko, Constantin Stechick et Pavel Priajko ont en commun la volonté d'en finir avec l'idéologie officielle par une esthétique de la cruauté où l'obscénité, l'absurde et la violence propre à la société biélorussienne pousse à coup sûr l'individu au suicide ou au meurtre. Le titre de la pièce de Natalia Moshina,
Technique de respiration dans un espace sans air, résume parfaitement la condition d'une population privée de liberté et d'avenir. Des étudiants en économie parodient les personnages des
Possédés de Dostoïevski, jonglant avec les idées de Dieu et de terrorisme. A la mode biélorussienne, évidemment :
« Ils diront que c'est de la terreur, on dira – oui ! Oui, de la terreur, sinon comment se débarrasser de vous, de vos tronches à la téloche, de vous tous ? Combien de temps on va encore devoir vous supporter, bande d'enfoirés ? Combien de temps encore notre vie sera à votre merci ? Combien de temps on va encore crever, bercés par vos beaux discours sur la stabilisation, l'augmentation du PIB et l'avancée vers un avenir radieux ? » Une femme raconte sa vie pour la gagner : elle est déguisée en clown, sa vie est dépourvue de signification. Fil rouge de la pièce : la conversation entre un jeune homme et une jeune fille. Tous deux sont atteints d'un cancer et renoncent, malgré l'imminence de la mort (ou à cause d'elle), à l'amour. Absurdité du destin collectif, absurdité des destins individuels. Aucune issue ne semble possible. En Biélorussie, il faut choisir : c'est la liberté ou la mort.
Anne-Sophie Vergne
Technique de respiration dans un espace sans air : du 15 au 19 mai 2007 à 21h :
Génération jeans : le 19 mai à 15h, le 22 et le 26 mai à 21h, le 2 juin à 15h
Nous Belliwood : du 29 mai au 2 juin 2007 à 21h
Dans le cadre du Festival Croisement(s),
Génération jeans sera donné mardi 22 mai à 21h et samedi 26 mai à 21h
Au Théâtre-Studio d'Alfortville (16 rue Marcelin Berthelot – 94140 Alfortville)
Métro : Ecole vétérinaire (ligne 8 / Balard-Créteil)
Réservations : 01 43 76 86 56 ou
theatre-studio@nerim.net Site internet :
www.theatre-studio.com Certains textes du Théâtre Libre (
Génération jeans, Nous Bellywood et Elles en ont rêvé...) sont publiés aux éditions L'Espace d'un instant (contact : Maison d'Europe et d'Orient -
http://sildav.ifrance.com )
Pour en savoir plus sur la Biélorussie :
Biélorussie, mécanique d'une dictature de Virginie Symaniec et Jean-Charles Lallemand (Editeur : les Petits Matins, mars 2007)
Mots-clés : Biélorussie
Inséré le : 23/05/2007 16:11