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From Inside

Dispositif interactif de projection / installation

Chapeau : La présence physique du corps humain est mise en question par la rapidité du développement des nouvelles technologies de la communication.

Source : Centre Ressource/Agenda Artishoc (http://www.artishoc.com)

Genre Ressource : texte d'artiste

Thierry De Mey chorégraphe

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Texte : Chercher dans l'art une compensation aux déséquilibres fatalement provoqués par ce type d'évolution est une réponse spontanée qui s’est vérifiée à plusieurs moments historiques de mutation. D'où l'importance prise ces dernières années par la forme artistique où le corps humain occupe la place la plus centrale : la danse.

Danse et médias
Il paraît urgent et nécessaire que les formes artistiques les plus voisines des nouvelles technologies se confrontent directement à la danse, non dans une tentative ultime de substitution du corps au profit de son image virtuelle, mais dans un véritable questionnement de leurs possibles, dans l'espoir de brèches inédites dans leurs propres champs. Car d’elles dépend la représentation que nous nous faisons de notre propre corps. Et cette représentation occupe une place essentielle au c½ur de tout système d’évaluation, un peu comme l’étalon du sens.
Peut-être ces technologies pourront-elles devenir des alliés de la danse, en vue d'une compréhension plus profonde de cette écriture du corps en mouvement, dont la beauté délétère, prisonnière de l'instant scénique, offre peu de prises à la connaissance et à la reconnaissance de ses aspects les plus enfouis, les plus complexes, parfois les plus riches ? Les traces de cette « encre » qui s'efface au fur et à mesure, dont l’aspect fugace nous bouleverse, car, sans aucun doute, il préfigure notre propre disparition et fait écho à notre précarité ‘ tout en prétendant défier la force de gravité ‘, pourront-elles être retenues un instant de plus à notre attention grâce à l’action de ces fameux médias ? … Plus simplement, peut-être pourront-ils participer à la connaissance du corps, ici non considéré comme objet d’études médicales, mais comme vecteur de vie, comme centre d’un regard sur le monde, comme foyer de présence… de cette présence qui cherche obstinément à franchir la frontière qui la sépare du corps qui la porte… le désir, la transe ?

Installation et film de mouvement
Le cinéma, en tant que discipline où fusionnent plusieurs technologies et plusieurs écritures parfois hétérogènes, a été le terrain où se sont posées en puissance les questions à l’½uvre aujourd’hui dans le multimédia. Le film de danse, mieux dit, de mouvement, pose ces questions de la manière la plus tranchante. Un dilemme que rencontre inévitablement le réalisateur d’un film de danse est de savoir s’il va ou non « violer » l’espace de la danse; soit le point de vue adopté visera une certaine objectivité respectant la frontalité scénique et l’extériorité par rapport à l’écriture chorégraphique, soit la caméra « entrera dans la danse » pour devenir un partenaire à part entière. Un autre dilemme, non moins fondamental et délicieusement paradoxal : que va-t-on montrer, la danse (une écriture) ou celle/celui qui la porte (dans son corps) ? How to know the dancer from the dance (Yeats) ?
Le cinéma est un art du mouvement. Dans le film de danse, deux disciplines du mouvement s’affrontent; elles courent le risque de s’annuler mutuellement, elles peuvent éventuellement se renforcer; au mieux, fusionner en une forme nouvelle d’autant plus bouleversante que le corps humain joue le rôle central dans cette opération de synthèse des disciplines musicales et plastiques.
Ce point semble soulever de nombreuses considérations théoriques.

Loin d’un jeu formel gratuit, l’enjeu poétique est celui de toute véritable liberté. Qu’à ce genre d’aventure on réserve un temps, qu’on lui crée un espace : cela définit en soi une politique. Une des nombreuses possibilités qu’offre le mode « installation » ‘ et non des moindres ‘ est l’éclatement de la frontalité de l’écran traditionnel, et plus loin encore, la remise en cause de toute notion de cadrage pictural, photographique et cinématographique.
Une contrainte que j’affectionne particulièrement lors de la réalisation de films de mouvements est précisément cette obligation ipso facto, de faire rentrer dans l’univocité de la continuité cinématographique des événements qui se développent en dimensions spatiales et temporelles qui excèdent le cadre à deux dimensions et la linéarité mécanique du cinéma. La tentative de reconstruction de l’espace, via le rythme du montage, constitue un fameux exemple de transposition, de traduction d’une dimension sur l’autre et, au passage, l’affirmation de la liberté poétique d’un regard.

Le mode de présentation en installation multimédia, permet d’échapper à la contrainte bidimensionnelle de l’écran unique pour questionner la rhétorique du cinéma :
- Qu’advient-il d’une contre-plongée si le projecteur qui la rediffuse adopte une position identique à celle de la caméra, les images étant projetées au sol ? (Voir l’installation Top Shot.)
- Qu’advient-il d’un travelling avant s’il est contredit dans le champ de vision du spectateur par
le travelling opposé ? (Voir les installations en triptyque comme Deep in the wood ou
CounterPhrases.)
- Qu’advient-il d’un mouvement d’appareil (travelling) si un processus d’analyse du déplacement du spectateur permettait de lui restituer le point de vue de la caméra à l’endroit correspondant à sa position dans l’espace ? (Projet From Inside.)
Imaginer des mondes à dimensions supplémentaires ou inférieures à celles de notre quotidien semble l’exercice scientifique par excellence; mais cette mathématique, cette gymnastique de l’esprit est aussi celle de tout art, de tout saisissement poétique.
Il y a des dimensions flottantes que l’on peut parcourir dans un sens comme dans l’autre (celles de notre espace par exemple), d’autres bloquées d’un côté (comme le temps irréversible), puis celles données toutes en bloc (les constantes de l’univers, gravité, vitesse de la lumière, etc.) Mais le véritable point crucial de ce puzzle multidimensionnel, sont les points d’attache d’une dimension sur l’autre… le présent par exemple. La présence serait le point d’attache de la temporalité sur les dimensions spatiales, et c’est dans les mouvements de notre corps que nous le vivons de manière la plus directe.

Thierry De Mey



Inséré le : 17/10/2007 19:13
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