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Festival Art Rock
PRÉSENTATION

1983. L’année de la victoire de Yannick Noah à Roland Garros, de l’entrée du minitel dans les foyers français, de la retraite à soixante ans. Cette année-là en Côtes d’Armor naissait le festival Art Rock, émanation de l’association bretonne Wild Rose, créée à Saint-Brieuc quelques années plus tôt par Jean Michel Boinet, actuel directeur du festival, ainsi que quelques amis. Art Rock, festival pluridisciplinaire, affirma d’emblée le désir de dynamiser les codes d'un festival. Art Rock se dévoua aux «arts rocks». Le concept était ambitieux. Il s’agissait pour ce festival de «jeter des ponts entre arts et musiques actuelles, multipliant les expériences sur fond de danse contemporaine, arts plastiques, multimédia et performances théâtrales.» Art Rock se posa en défricheur de talents, en passerelle culturelle entre des disciplines auxquelles on ne proposait pas de cadre officiel, afin de les faire se télescoper. Furent invitées des troupes telles que Royal de Luxe ou la compagnie barcelonaise La Fura dels Baus, qui vint bousculer les festivaliers dès 1987, c’est ici que des collectifs comme De la Guarda ou Los Rinos, mais aussi des artistes multimédias comme Maurice Benayoun ou Dumb Type vinrent proposer des créations radicales et inoubliables. Ici on tentait de déplacer, reculer, maltraiter les limites créatives, ici on offrait une carte blanche aux invités, mettant à disposition de leurs arts les murs et les pavés de Saint-Brieuc. Art Rock devint en quelques années un carrefour de toutes disciplines possédant cette urgence urbaine. Car à travers la dénomination rock, Jean Michel Boinet ne s’intéresse pas tant à la forme qu’à la substance des arts, au grain dangereux, innovant, turbulent qu’ils détiennent. Art rock se fit une spécialité de ces grands écarts stylistiques, cherchant à fédérer autour d’une affiche exigeante. Grand public et audience underground, deux populations rarement invitées à se croiser durant un festival, et encore moins à se rencontrer. Ce fut le génie de ce festival. Et son instinct fit le reste. Au début des années quatre vingt dix, Art Rock s’affirma comme l’un des rendez-vous artistiques les plus singuliers de l’Hexagone. Le festival confirmait chaque année, avec une assurance accrue, son intérêt pour les territoires artistiques «divergents», recevant des artistes que peu de manifestations avaient jusqu’ici pris le risque d’accueillir. Art rock accompagna également la progression des disciplines numériques et des nouvelles technologies, présentant à chaque nouveau chapitre de son histoire une vision mixte, métisse, futuriste et cosmopolite de l’art contemporain. «Nous cherchons à intéresser un public spécialisé, explique Jean Michel Boinet, des gens qui sont à la recherche de particularismes propres aux avancées de l’art contemporain. Mais ce même public est invité à rejoindre une audience plus populaire et à venir écouter des Louise Attaque ou Sergent Garcia.» Deux décennies plus tard, Art Rock devenue la manifestation artistique phare des Côtes d’Armor, ouvre chaque année, le week end de Pentecôte, le bal estival des festivals.

David Brun Lambert
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