Mathilde Monnier a pris le mot « danse » à bras-le-corps et s’applique depuis plus de 20 ans à le conjuguer sous toutes ses formes, à en trouver les synonymes et les contraires, et à les faire communiquer, infiniment.
Bien trop insaisissable pour accueillir une quelconque étiquette, la chorégraphe hybride s’applique à transcender les genres en s’entourant non seulement de danseurs, mais aussi d’écrivains, de philosophes, de chanteurs. Peut être est-ce en raison de son parcours atypique, et de son rapport ambigu à l’institution que Mathilde Monnier s’entête gracieusement à créer là où on ne l’attend pas. Après une enfance au Maroc, et des études de danse jumelées à la psychologie, elle s’est formée auprès de Viola Farber et Merce Cunningham. Et lorsqu’elle succède à Dominique Bagouet à la tête du Centre chorégraphique de Montpellier, elle ne fait certainement pas honte au maître. Celle pour qui la danse prend la forme d’un engagement, corporel, mental, avant tout humain, cherche autant à bousculer les conventions qu’à démocratiser un art encore souvent confiné dans un milieu restreint, élitiste ou à peine visible. Un souci de rigueur qui est bien loin de la démagogie : comme peu d’autres, Mathilde Monnier a su prouver combien la démocratisation n’est pas un bel emballage consensuel pour contenter l’acteur culturel moyen, mais un engagement sur le terrain, source et objet de la création. Qualité dont elle conserve le tanin en creux de ces représentations.
Une fois encore, après un passage applaudi à Berlin où elle a présenté Surrogate Cities, travail en collaboration avec Heiner Goebbels – qui avait composé pour elle la musique du spectacle Les Lieux de Là –, elle prend d’assaut le festival Montpellier danse, persiste, et signe. L’indomptable Mathilde Monnier, inlassablement décidée à prouver en quoi sa danse est un art aux multiples facettes, dialogue cette fois avec La Ribot, et entame une recherche linguistique sur la matière chorégraphique. Si l’acte de langage ne prend sens qu’en présence d’un locuteur et d’un allocutaire, il en va de même pour qu’il prenne corps. Ce fondement, inhérent à la représentation, devient la source de recherche des deux chorégraphes qui réfléchissent en miroir. Créé à l’occasion du festival Montpellier danse 2008, ce spectacle, « travaille le face à face comme une forme classique du théâtre », et joue à en inverser les codes. De même, pour Vallée 2008, fameux spectacle avec le musicien Katerine, c’est le travail de l’unisson, noyau de la chorégraphie classique et grand tabou de la matière contemporaine, qu’elle s’amuse à détourner.
Magda Kachouche
> Tempo 76, le 30 avril au Vivat d'Armentières, et le 22 mai au Manège de Reims.