« Everybody needs company. » (tout le monde a besoin de compagnie) C’est ce que déclarait malicieusement Jan Lauwers, rencontré en 2009 au Festival d’Avignon, pour expliquer le nom de sa compagnie. La Needcompany présentait alors sa trilogie
Sad Face/Happy Face, magnifique ensemble composé de
La Chambre d’Isabella (2004), du
Bazar du Homard (2006) et de
La Maison des cerfs (2008). Dans un festival marqué par le récit et sur lequel planait la mort récente de Pina Bausch, les spectacles de la compagnie flamande résonnaient de toute leur humanité.
Né à Anvers en 1957, Jan Lauwers a d’abord pratiqué la peinture (Bozar, à Bruxelles, lui a consacré une exposition en 2007). Au début des années 1980, il fonde l'Epigonenensemble, collectif qui marqua le paysage théâtral flamand mais qu'il dissout en 1985 pour former son propre ensemble, avec Grace Ellen Barkey. Ils ont réunit autour d'eux des performeurs de tous horizons et nationalités, dont la cohabitation originale transparaît sur scène. Dans chaque pièce, l'individualité de chacun s'exprime, les danseurs participant à la création. Parfois jusqu'au monologue, comme lorsque Viviane De Muynck adapte à la scène
La Poursuite du vent, de Claire Goll. Et de fait, la vie et la formation de Jan Lauwers lui-même marque les créations, où l'on hésite souvent entre théâtre et performance. Lui voit dans le théâtre un médium d'avenir, qui tiendra front aux nouvelles technologies parce qu'il a
« le lien le plus direct avec la "condition humaine" dans le sens où il est représenté par des gens, pour des gens ».
« Le deuil n'est qu'une perte de temps », affirme le personnage de
La Chambre d'Isabella. Jan Lauwers répond à cela en allant de l'avant, créant, avec ses interprètes, des spectacles novateurs et envoûtants. C'est là que réside la force de la Needcompany : dans l'art de raconter des histoires à la fois personnelles et universelles, et de le faire autrement. Ce mélange de théâtre et de danse, ponctué d'une mélodie-leitmotiv, réunit les formes d'expression pour un effet maximal. Ainsi
La Chambre d'Isabella est née de la disparition du père de Jan Lauwers.
La Maison des cerfs de celle du frère d'une des danseuses, photographe de guerre mort au Kosovo.
Au-delà des histoires singulières, la mise en scène et les acteurs nous guident vers une autre dimension. Alors que, dans
La Maison des cerfs, vient s'ajouter au drame une fiction autour des cerfs et d'une famille qui vit dans la forêt,
La Chambre d'Isabella fait apparaître sur scène des personnages extraordinaires, tels le gardien du phare ou l'homme du désert, qui évoluent au milieu des objets ethniques qui forment le décor. Certains meurent mais restent là. La simplicité de l'instant prend le pas sur la réflexion symbolique. On goûte le spectacle comme une madeleine de Proust, mais sans le pic amer du passé. Comme l'écrit le dramaturge Erwin Jans à propos de
La Maison des cerfs,
« le créateur de théâtre espère que ses contes de fées susciteront quelque chose. Rendront quelque chose plus supportable. » Non pas une réponse toute faite mais un observatoire des peines et des joies, de ces faiblesses qui font la force de l'Homme.
Passage :
La Maison des cerfs au Carré à Saint-Médard-en-Jalles les 17 et 18 mai.
Plus d'infos sur www.lecarre-lescolonnes.fr