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Biographies / Collaborateur et comédien au sein de la compagnie Ilotopie, Philippe Eustachon participe à plusieurs créations de François-Michel Pesenti. De 1992 à 1995, il est assistant et comédien de Claude Régy. Depuis 1997, il dirige ses propres projets, en Colombie, au Mexique et en France. Il a été lauréat de la Villa Médicis hors les murs en 1999 (Vietnam).
Jambenoix Mollet, jongleur, équilibriste et danseur issu du CNAC, cofondateur de la Compagnie Anomalie, a joué sous la direction de Josef Nadj (Le cri du caméléon), Guy Alloucherie, Christian Lucas et Martin Zimmermann, etc.
Au commencement était… une catastrophe. Un séisme. Un désastre qui brusquement fige la course du temps et accroche l’instant aux ruines silencieuses du présent. La fin et le début, superposés dans l’énigme de ce cataclysme augural. Comme si les vents violents du monde avaient brutalement rompu les barricades du refuge intime. Ici, une petite maison bancroche, maintenant engorgée de terre, cernée par la pénombre. Bouleversée. Habitée par une bien curieuse créature : le « Grand Nain ». Un monstre humain sans âge, un freak maniant à courtes jambes son buste roide, étonnement long, surmonté d’un élégant chapeau. Perclus dans la solitude ordonnée de ses habitudes, il s’affaire, soliloque, entreprend fébrilement de remédier au chaos, de ranger le désordre de son intérieur. Handicapé par la raideur de son corps, le dandy difforme se livre à d’habiles contorsions et autres ingénieuses acrobaties pour ranger le fatras des objets familiers, dociles compagnons de son exil. Jusqu’à ce qu’il découvre un pied surgi de la terre, et bientôt un corps tout entier, presque nu. Inanimé. Indigène. Autre. Voilà soudain que l’irruption de l’étranger fissure l’univers solidement muré de cet insolite Robinson et laisse entrer une lueur du dehors, peut-être la promesse d’un dialogue. L’Intrus, le Sauvage, brise l’isolement et la machine des routines. Il devient interlocuteur possible, semblable et différent, objet de désir et menace, double inversé, nécessaire autant qu’angoissant. Le Grand Nain lui parle, de sa voix fluette, presque enfantine, le manipule, tente de lui impulser un mouvement de vie… « Je sais maintenant que chaque homme porte en lui – et comme au-dessus de lui – un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers… Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. » Cette phrase, arrachée d’une page de Vendredi ou les Limbes du Pacifique, de Michel Tournier, livre le processus à l’œuvre : la découverte de cet « autre que soi comme autre soi », le mystère, la violence aussi, de l’invention de l’un par l’autre, de l’un dans l’autre. Jambenoix Mollet, jongleur, équilibriste et danseur, membre de la compagnie Anomalie, et Philippe Eustachon, comédien et metteur en scène, fidèle d’Ilotopie, parcourent librement le mythe de Robinson pour en extraire une réflexion sur l’altérité qu’ils retissent à leur manière. Loin de rester rivés à la fable, ils se glissent dans une anfractuosité du réel et ouvrent un espace mental, à la fois antre secret, geôle et agrès, où peuvent se déployer les visions fantasmatiques d’autrui – tour à tour compagnon, femme et monstre : part intérieure d’un soi qui se découvre à lui-même. « J’ai besoin de la médiation d’autrui pour être ce que je suis », disait Sartre dans L’Etre et le néant. En s’immisçant dans l’échancrure de la normalité, là où le tangible devient incertain, les personnages laissent sourdre une ambiguïté, envoûtante, déroutante. Rencontre ou dédoublement ? La présence de l‘Autre garde une part impénétrable et condense les conjectures. Gommant toute prouesse ostentatoire, les techniques acrobatiques de cirque se mêlent ici au théâtre et à la danse. Elles donnent une corporéité à l’anormalité et déportent la représentation vers un univers fantastique, nourri par les textures sonores qui font entrer des bouffées de la rumeur du monde. Face à l’énigmatique Vendredi de Philippe Eustachon, Jambenoix Mollet crée un « Grand Nain » tantôt cocasse et attendrissant, tantôt effrayant, presque hideux. Empêché par son corps, proie de ses obsessions, il se débat avec ses peurs et ses fantasmes, tentant éperdument de défendre sa raison contre les chimères de l’imaginaire. Ou de briser les fers d’une tragique solitude.
Le Grand Nain, conception, écriture et interprétation de Jambenoix Mollet et Philippe Eustachon, mise en scène de Philippe Eustachon. Spectacle vu à la Ferme du Buisson, dans le cadre du festival Labomatic. Prochaines représentations : du 13 au 17 novembre à la Rose des Vents, Villeneuve- d’Ascq, le 4 décembre à L’Odyssée, Périgueux, le 7 décembre au Théâtre d’Arles, puis en Mai-juin 2008 au Théâtre de Brétigny (dans le cadre du festival Dedans-Dehors), et le 20 juin 2008 au Centre national de création et de diffusion culturelle de Châteauvallon. |
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